• Gérard Guerrier

L'alpiniste,le montagnard et… le courage





Quelques questions et idées tirées de Du Courage — éloge à l'usage des aventuriers et… des héros du quotidien, ed. Paulsen, 2021


- Quel est le rapport entre la peur (voir Eloge de la Peur chez le même éditeur) et le courage?


Il n’y a pas de courage véritable sans peur. Le vieux guide qui grimpe en tête, pour la centième fois, la Tête de la Maye, ne fait preuve d’aucun courage. Il a confiance dans ses capacités et ne ressent pas de peur. A l’inverse, son client novice, qui suit en tremblant, fait preuve d’un certain courage, malgré l’absence objective de risque. Le courage est une force qui s’oppose à bien des résistances et des inerties : la peur, bien entendu, mais aussi l’indifférence, la paresse, etc. C’est ce qui nous permet de nous lancer dans l’action et de ne pas rester au stade des intentions, le cul collé à terre.

- Le courage des aventuriers est-il comparable à celui des « héros du quotidien »?


Oui… et non ! Je crois que, le courage véritable, ou vertueux, obéit nécessairement à quatre critères.

1. La lucidité. Impossible de faire preuve de courage quand on est le jouet de peurs fantasmées. A l’inverse, un aveugle qui court le long d’une falaise, n’est pas courageux, il est aveugle. Le courage est ainsi un juste milieu entre la crainte et la témérité.

2. L’élan ou la force des origines. Cette étincelle qui disparaît à peine entrevue. C’est sans doute le composant le plus mystérieux du courage, au point que les premiers philosophes chrétiens ne l’envisageaient pas sans la Grâce de Dieu.

3. La persévérance, car cet élan initial ne suffit pas. Il faut le poursuivre jusqu’à l’accomplissement de l’action.

4. Le noble objectif représente la dimension morale du courage vertueux. Cet objectif doit servir le bien : l’altruisme ou le dépassement de soi.

Ainsi l’alpiniste fait nécessairement preuve d’élan et de persévérance, mais pêche souvent par manque de lucidité quand il est le jouet de son obsession du sommet ou de son égo. Le courage du quotidien, proche de celui du simple montagnard, est lucide, persévérant et de préférence, orienté vers le bien. Son élan, fragmenté en une multitude de petits sauts, n’est guère spectaculaire. Mais la conquête de l’Everest n’est jamais qu’une succession de petits pas !


-Sommes-nous tous égaux face au courage ? Le courage dépend-il du caractère ou des circonstances ? Est-il possible d’apprendre le courage ?


Le courage est tout à la fois démocratique — accessible à tous— et terriblement aristocratique — pratiqué par une toute petite minorité ! Lors de l’attentat de Nice, hormis les policiers, seuls quelques individus ont tenté d’arrêter le camion-terroriste. La plupart des passants ont fui ou étaient occupées à filmer la scène avec leur téléphone portable. Une chose est sûre : nul n’est assuré d’être courageux en toute circonstance ! L’existence du courage précède son essence, écrirait Sartre. Il n’y a pas de femmes et d’hommes courageux, il n’y a que des actes courageux. Mais le courage n’est pas le seul fruit des circonstances ! Le tempérament et le caractère, et donc les modèles et l’éducation, jouent un rôle. Les curieux, les optimistes sont plus enclins à agir courageusement que les anxieux maladifs ou les cyniques. La bonne nouvelle, c’est que le courage peut s’apprendre par imitation et par l’habitude. C’est comme le saut à ski : on commence sur un tremplin de 15 mètres et puis, progressivement, on s’élance d’un tremplin de 120 mètres ! La deuxième bonne nouvelle, c’est que les fondations du courage que nous apprenons en montagne, nous serviront en toutes autres occasions.


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