On dit que j'ai déjà vécu  plusieurs vies avec passion. Ingénieur-plongeur, dirigeant d’entreprise, accompagnateur en montagne, journaliste et écrivain… Depuis quelques années, je me  consacre principalement à l’écriture, aux voyages et à la montagne. 

J'ai  publié six livres dont le dernier :

Éloge de la Peur, à l'usage des Aventuriers et des Baroudeurs du Quotidien

(ed. Paulsen).

© 2019 Textes, Vidéos et Photos Gérard Guerrier (sauf indication contraire)

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Le Puy - Nasbinal

Surtout n’allez pas dire à mes amis que j’ai pris le chemin de Saint Jacques de Compostelle. J’entends d’ici les ricanements :

 

- « Gégé touché par la Grâce…Il était temps ! »

Ou…

- « Je ne te croyais pas si près de la retraite, voire même de la maison de retraite .»

 

Bah… Laissons les se gausser et profitons ensemble de l’été indien pour une randonnée où l’on prend le temps de vivre, de parler, de partager.

 

- Papy-mamy ? Pourquoi le nier, les 55-65 ans sont majoritaires. Et alors ? Ils ont enfin cette chance de « larguer les amarres ». Pour le Saint Jacques, pas besoin de ketch en coque acier, de GPS, ou même d’un épais porte-feuille. Un sac à dos, une paire de chaussure et c’est parti !

 

- Grenouilles de bénitier ? A peine un tiers assistent à la bénédiction de la cathédrale du Puy… Il faut dire que celle-ci démarre à 7h du matin ! Qu’importe, agnostiques ou croyants, comme les montagnards de Ferrat, nos randonneurs ont tous l’âme noueuse comme un pied de vigne Ils échangent des bonjours à chaque dépassement et finissent au fil des kilomètres par échanger, se connaître et cheminer ensemble.

 

- La foule ? Pas vraiment, malgré une fréquentation en croissance (de 50 à 100 personnes par étape). Pour éviter les « bonjour » à répétition, il suffit de décaler son départ. Pour nous, ce sera grasse matinée, départ tardif, sieste allongée et rythme sportif pour arriver à l’étape avant la bière de 17h. Vraiment pas le goulag !

- A propos des « locaux ». Débranchez le Ipod et la Wifi, et replongez vous avec délice dans un pays où l’on porte encore fièrement la moustache et la casquette, la blouse à carreau… Où les scooters n’ont pas encore détrôné la mythique « Bleue ». Dans ces contrées, aux couleurs de mon enfance, la mercerie-coutellerie du père Boucharin  est encore florissante et les panneaux de pub 4 x 3 n’ont pas encore osé envahir le paysage.

- Retrouver ses racines.  Se replonger un instant, sur les pas des pèlerins médiévaux,  dans les méandres de l’histoire, à la recherche d’un ancêtre… Bâtisseur de château ou plus simplement forestiers, paysans de Margeride montés à Paris ouvrir un bois et Charbon comme mon arrière grand-père.  Foi de charbonnier, illustrée par les innombrables croix, qui parcourent le chemin. Celles-ci sont parfois couvertes de pierres que les pèlerins ramassent, ou même de chapelets, de fleurs séchées, de paille tressée..

- Marcher à plat. Voilà un exercice inédit pour les mollets d’un montagnard. Oubliez les grosses suées, et laissez vous bercer au rythme tranquille d’un paysage qui n’a d’autre ambition que de se laisser vivre. Les prétextes à halte sont nombreux :  mûres, framboises, prunelles, cormes…

 

- Le pique-nique-sieste. Point fort de la journée avec la visite vespérale de la petite chapelle du XV°. Le choix de la halte fait l’objet de toute notre attention :

            - Un peu à l’écart du chemin pour éviter les nombreux « Bonjour » et « Bon appêtit »

            - A environ deux heures de l’arrivée, histoire de ménager la monture

            - Mi-ombre et mi-soleil

            - avec de la mousse pour couchette…

Mais il y a des choix cornéliens… Lecture (quitte à alourdir son sac) ou sieste réparatrice quitte à réserver la lecture pour une fin d’après midi paresseuse au gîte ou à l’hôtel ?

 

Au bout d’une semaine, à peine le rythme pris, nous devons revenir à la réalité de notre vie « active ». Un dernier au revoir à nos nouveaux amis qui continuent, loin, loin vers la mer …