On dit que j'ai déjà vécu  plusieurs vies avec passion. Ingénieur-plongeur, dirigeant d’entreprise, accompagnateur en montagne, journaliste et écrivain… Depuis quelques années, je me  consacre principalement à l’écriture, aux voyages et à la montagne. 

J'ai  publié six livres dont le dernier :

Éloge de la Peur, à l'usage des Aventuriers et des Baroudeurs du Quotidien

(ed. Paulsen).

© 2019 Textes, Vidéos et Photos Gérard Guerrier (sauf indication contraire)

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Le Col Stelvio

L’un après l’autre, douloureusement, les lacets s ‘empilent. Le vide se fait présent. Dans le mur final qui se dresse contre le guidon, les odeurs de saucisse annoncent l’arrivée au col. Allez courage, ce n’est plus le moment de lâcher ! Il ne faut plus hésiter à « mettre tout à gauche » : un 36 x 28 ou même un 34 x 26… Un dernier coup de pédale et vous voilà enfin au sommet du monde…

            Ou presque : Le Stelvio avec ses 2758 mètres, ses  48 virages numérotés et sa pente moyenne de 7,44% ; 26 kilomètres de goudron qui attirent une foule de cyclotouristes, de motocyclistes caparaçonnées, mais aussi de camping-caristes qui s’y reprennent à deux fois pour passer le virage 9… C’est là, le 1° Juin 1953, entre deux murs de neige, que Fausto Coppi, alors âgé de 34 ans, a lâché Hugo Koblet, le roi de la grimpe et remporté son cinquième Giro ! Une bataille épique, légendaire…

            Il y en eut d’autres et de plus belliqueuses… sur ce col qui sépare les peuples germaniques, latins et rheto-romans.  Les Chasseurs des Alpes de  Garibaldi le franchirent en 1859 pour capturer un peloton autrichien, non loin de la première maison cantonnière. Sept années plus tard, les Austro-Hongrois passèrent le col pour occuper brièvement Bormio. Mais le Stelvio fut surtout le lieu d’une véritable guerre de tranchées de 1915 à 1918. Les Italiens bien imprudents évacuèrent aux premiers jours de la guerre le Mont Scorluzzo qui surplombe le col. La position stratégique, fortifiée par les « Tognini », ne fut plus jamais reprise par les Alpini, malgré les innombrables duels d’artillerie et les coups de main, devant le regard impassible des observateurs suisses, installés à quelques centaines de mètres du front, face aux glaciers de l’Ortles (3 905 m) !